AFCAB
Bruno Marin

Édito

Bruno MARIN,
Président de l'AFCAB

Réduire les coûts sans perdre la maîtrise :
un enjeu clé pour la filière

Cette fin d'année 2025 marque une étape importante.
Optimiser les coûts est devenu un réflexe. Encore faut-il savoir où il est dangereux de le faire.

Dans un contexte de ralentissement de l’activité et de pression accrue sur les marges, les arbitrages se resserrent à tous les niveaux. Cette recherche d’optimisation est légitime, elle fait partie du métier.
Mais certaines économies n’en sont pas : elles ne font que déplacer les coûts, souvent en les amplifiant, parfois de manière irréversible.

Dans notre secteur, les décisions prises aujourd’hui engagent des ouvrages pour des décennies. Un défaut de qualité ne disparaît pas : il se révèle, parfois tardivement, avec des conséquences techniques, économiques et assurantielles sans commune mesure avec les gains initiaux. Les travaux de l’Observatoire de la Qualité de la Construction le confirment : depuis 1995, plus de 670 000 dommages ont été recensés dans la base Sycodés. Le constat est constant : les mêmes désordres se répètent, année après année. Des pathologies récurrentes, qui ne doivent rien au hasard.

Dans cette équation, certains éléments jouent un rôle structurant tout en restant invisibles. Les armatures en font partie. Une fois l’ouvrage réalisé, elles disparaissent, mais elles conditionnent directement sa résistance, sa durabilité et sa sécurité. Les considérer comme une variable d’ajustement, c’est prendre un risque qui ne pourra pas être corrigé après coup. Une armature mal maîtrisée engage la performance de l'ouvrage pour toute sa durée de vie sans retour en arrière possible.

C’est précisément sur ce point que l’AFCAB intervient. Sa mission est de garantir, de manière indépendante, la qualité des armatures en couvrant l’ensemble de la chaîne, de la fabrication à la mise en œuvre sur chantier. L’enjeu n’est pas d’ajouter une contrainte, mais d’apporter une certitude sur un élément qui, par nature, ne pourra plus être vérifié une fois le béton coulé.

Cette certitude a une valeur économique tangible. C’est à l’échelle du cycle de vie des ouvrages que se mesure la pertinence des choix techniques. Dans cette perspective, la qualité des matériaux et la rigueur de leur mise en œuvre ne sont pas des variables d’ajustement,elles conditionnent directement la performance économique des ouvrages.

Il ne s’agit pas d’opposer exigence technique et performance économique. Il s’agit de les articuler avec méthode, en distinguant clairement les coûts que l’on peut maîtriser de ceux que l’on ne fait que déplacer.

Au-delà des enjeux techniques et économiques, c’est aussi la confiance dans la qualité et la durabilité des ouvrages qui est en jeu.

Sur ces sujets, il n’y a pas de zone grise. L’exigence technique n’est pas une option : elle est une condition de la performance durable. Et c’est sur ce terrain que l’AFCAB continuera d’être pleinement engagée, aux côtés de l’ensemble de la filière.

Jean-Claude Timbert,
une vie au service de la certification

C’est un visage familier pour de nombreux lecteurs de notre newsletter. Après avoir occupé durant 26 ans différentes fonctions au sein de l’AFCAB, Jean-Claude Timbert tire sa révérence. L’occasion rêvée de revenir avec lui sur le rôle de la certification, mais aussi sa propre carrière.

Tout a commencé par une usine. « Après avoir occupé plusieurs emplois très variés - dans l’agriculture, le bâtiment, l’industrie du verre et le transport- pendant quatre ans, j’ai débuté ma carrière chez Sam Monterau en 1976. C’était en réalité un pur hasard car l’Aciérie et le Laminoir à chaud d’aciers pour le béton venaient d’être construits à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne), en 1975, à une quarantaine de km de chez moi, Nemours dans la vallée du Loing dont je suis originaire », retrace Jean-Claude Timbert.

Cette usine, qui employait à sa création près de 600 personnes contre 300 environ aujourd’hui, il ne l’a plus quittée ou presque. Entré comme technicien polyvalent au laboratoire de chimie/métallographie de l’Aciérie et au laboratoire d’essais mécaniques sur produits finis du Laminoir, il y grimpa les échelons. Après avoir été responsable adjoint du laboratoire de chimie, il passa côté production en tant que responsable ordonnancement, c’est-à-dire la planification de la fabrication et de l’expédition des différents types d’aciers.

Jean-Claude Timbert

« Au sein des laboratoires et de l’ordonnancement j’ai toujours été en contact avec le personnel de l’Aciérie et du Laminoir, ce qui m’a permis d’alterner facilement les bureaux et les allées de l’usine. Même avant de devenir chef du service métallurgie/qualité en 2000, mon message a toujours été le même : faire des produits de qualité est bénéfique pour tout le monde. Des opérateurs à la direction tout d’abord, car il y a moins de produits non-conformes grâce au respect des processus standardisés. De même pour nos clients armaturiers qui les transforment, d’autres qui les disposent sur le chantier avant de couler le béton, et les utilisateurs finaux, qui sont en sécurité grâce à des produits qui durent longtemps. S’il y a un souci avec un produit, ce sont toujours ceux qui l’ont fabriqué qui seront en premier tenus pour responsables », pointe ce grand défenseur de la certification.

Un message que Jean-Claude Timbert a pu porter dans toute la France en tant queresponsable produits de Riva France de 2011 à 2019. En même temps, sur certaines périodes, il officia en tant que responsable qualité, sécurité et environnement, dans trois (ACOR Creil dans l’Oise, Vauvert dans le Gard et Saint-Just-Saint-Rambert dans la Loire) des sept usines françaises du groupe italien Riva Acier, et aussi en tant que responsable qualité de deux sites Riva Stahl (Trier et Horath) en Allemagne. Il supervisa ensuite la partie qualité de la mise en place de six lignes de transformation à froid alimentant deux lignes de soudage en treillis soudés dans son usine d’origine à Montereau.

« Le treillis soudé, dont les panneaux peuvent atteindre 6 mètres sur 2,40 mètres, est un produit très technique qui ne peut être soudé qu’en usine sur des machines automatiques dont j’ai vu l’évolution incroyable. Elles sont désormais capables de faire 24 soudures en même temps, et ceci, quatre fois par seconde », s’émerveille-t-il.

En parallèle de cette carrière sur le terrain, Jean-Claude s’est toujours engagé au sein des différentes associations professionnelles : l’AFCAB tout d’abord, où il est entré comme membre titulaire de quatre comités particuliers de certification (ABA-Armatures-Pose-DRAAB) dès 2000, puis le BN ACIER 104-10 (AFNOR Normalisation, appelé par la suite UNM AC 104-10) et l’Association française de Promotion des Aciers pour la Construction (APAC – Barres et couronnes) en 2011 et, enfin, l’Association technique pour le Développement de l’Emploi des Treillis Soudés (ADETS) depuis 2016. « Nous avons toujours imposé aux adhérents de l’ADETS et de l’APAC d’être certifiés NF – ABA par l’AFCAB, car c’est une garantie à tous points de vue, de la composition de l’acier aux performances. C’est logique, il faut joindre l’acte à la parole », estime Jean-Claude.

De ces années de membre des Comités de Direction puis de secrétaire général de l’ADETS et de l’APAC, de membre expert au Bureau des normes Acier de l’AFNOR, et au sein de l’AFCAB comme membre des comités particuliers de certification , du GT Qualité et du Dispositif de Préservation de l’Impartialité, administrateur, et enfin trésorier (depuis 2023), notre expert retient surtout « ces discussions extrêmement intéressantes et constructives entre différents corps de métiers - les producteurs, les utilisateurs, les normalisateurs, les laboratoires et les certificateurs - réunis autour des mêmes produits sur nos différentes façons de travailler.

Cet état d’esprit de travail renforce la volonté permanente d’optimisation des processus et de leurs contrôles adaptés, ayant pour objectif la fiabilité et la durabilité des ouvrages d’art et des bâtiments.

La certification peut être vécue comme une contrainte, surtout sur le terrain, mais c’est, au contraire, une opportunité de faire de meilleurs produits et d’assurer ensemble des constructions durables ».

« Jean-Claude nous laisse quelque chose d'essentiel : une certaine façon d'exiger, de convaincre, de tenir. Cet héritage restera au cœur de l'AFCAB, et nous nous réjouissons de pouvoir encore compter sur lui, au gré des besoins. » — Bruno Marin, Président de l’AFCAB.

collectif

Le collectif, colonne vertébrale
de l’AFCAB, clé de son avenir

Il y a des organisations nées d’une contrainte administrative, d’une obligation réglementaire, ou d’un intérêt particulier. L’AFCAB n’est pas de celles-là. Elle est née, au début des années 1990, d’une conviction partagée : que la qualité des armatures pour béton ne pouvait être garantie que par une démarche collective associant l’ensemble des acteurs de la chaîne.

Une vision collective à l’origine de tout.

Producteurs d’aciers et d’armatures, grands donneurs d’ordre publics et industriels tels qu’EDF, la SNCF ou le ministère en charge de l’équipement, et experts du Laboratoire Central des Ponts et Chaussées, tous ont choisi de s’asseoir autour d’une même table pour construire un système qu’aucun d’entre eux n’aurait pu concevoir seuls, un système de certification au service de la fiabilité et de la durabilité des ouvrages et de la confiance des acteurs. C’est cette décision collégiale qui a donné naissance à l’AFCAB. À une époque où l’administration française engageait le passage des procédures d’homologation vers des certifications par tierce partie, les acteurs du secteur ont choisi de prendre les devants ensemble. En 1992, la première certification des aciers pour béton voyait le jour. Une certification conçue au plus près du terrain, par ceux qui en maîtrisent les enjeux. Dès l’origine, les équipes des Laboratoires des Ponts et Chaussées ont été étroitement associées aux premières inspections et essais, contribuant à instaurer un lien fort et une relation de confiance qui demeurent au cœur de l’identité de l’AFCAB.

Un écosystème structuré au service de la qualité.

Au fil des années, cet élan fondateur a continué à irriguer le développement de l’AFCAB. À mesure que les activités de certification se sont développées, d’autres prestataires sont venus renforcer le dispositif de certification et structurer un écosystème d’acteurs engagés dans une même exigence de qualité. Ce dispositif repose sur un dialogue continu, nourri notamment par des réunions de coordination régulières, permettant d’aligner les pratiques, d’anticiper les évolutions des référentiels et de partager les retours d’expérience terrain.

C’est ainsi qu’ont pu être déployées et reconnues les 5 certifications AFCAB, couvrant l’ensemble de la chaîne de la conception jusqu’à la réalisation. Pour l’utilisateur final, cette chaîne de certifications constitue une garantie. À chaque étape, les intervenants sont évalués dans des conditions réelles de production et de mise en œuvre, contribuant à sécuriser un point critique de l’ouvrage : celui qui ne peut plus être vérifié une fois le béton coulé. Chaque acteur porte ainsi sa part de responsabilité dans la qualité globale de l’ouvrage.

Cette reconnaissance ne se limite pas au secteur privé : les certifications AFCAB sont expressément requises par le fascicule 65, document de référence contractuelle pour les marchés publics de génie civil. Une inscription qui témoigne de la confiance que les pouvoirs publics accordent au dispositif collectif bâti par l’AFCAB depuis plus de trente ans.

Le collectif, révélateur sous tension.

Mais le sens du collectif ne se mesure pas seulement dans les périodes de croissance. Il se révèle surtout sous pression.

Dans un environnement où les tensions économiques et opérationnelles s’intensifient, la capacité des organisations à réagir sous tension est devenue un révélateur immédiat de leur solidité. La circulation de l’information, la cohérence des décisions, l’alignement des acteurs : tout devient lisible. Et c’est là que la force d’un collectif fait la différence non pas en supprimant les tensions, mais en les absorbant, voire en les transformant en leviers d’amélioration.

L’AFCAB en a fait l’expérience : dans un secteur aussi spécialisé, la disponibilité de prestataires d’essais qualifiés constitue un enjeu structurant. Ces situations de tension rappellent une réalité simple : la solidité d’un dispositif collectif se construit dans la durée, par un soin constant apporté aux relations avec l’ensemble des partenaires. Ce n’est pas une gestion de risque, c’est une posture.

La vraie question pour demain.

Dans un environnement qui s’accélère, où les exigences de qualité, de traçabilité et de responsabilité ne cessent de croître, la vraie question n’est plus « l’AFCAB est-elle prête ?», elle est « l’AFCAB et ses acteurs sont-ils capables de réagir ensemble, de manière cohérente et lucide, lorsque la pression s’intensifie ? »

La réponse est claire : ce réflexe collectif n’est pas à construire. Il est à l’œuvre depuis le premier jour et constitue la colonne vertébrale de l’AFCAB.

Dans un secteur marqué par le renforcement des exigences réglementaires, assurantielles et environnementales, cette capacité à agir collectivement ne constitue pas seulement un héritage : elle devient un avantage décisif pour sécuriser durablement la qualité des ouvrages et affirmer l’AFCAB comme un référent structurant de la qualité dans le secteur du bâtiment.

C’est cette force-là qui fait aujourd’hui de l’AFCAB un acteur de référence dans la sécurisation de la qualité des ouvrages et un repère durable pour l’ensemble du secteur.

En bref.

Un homme du sérail nouveau Trésorier de l’AFCAB

Ingénieur de l’Université de Technologie de Compiègne et Ingénieur Divisionnaire des Travaux Publics de l’État, Bertrand Philippot a construit l’essentiel de sa carrière au sein du LCPC devenu IFSTTAR, organismes de recherche appliquée en génie civil, aujourd’hui intégrés à l’Université Gustave Eiffel, où il occupe aujourd’hui le poste de Responsable du Département Financement de l’Immobilier et des Grands Équipements.

Un homme serail

Depuis plus de trente ans, il travaille sur les aciers et armatures pour béton : leurs propriétés, leurs essais, leur normalisation et leur certification. Sa connaissance de l’AFCAB (Association Française de Certification des Armatures pour Béton) est celle d’un praticien engagé : auditeur technique, membre actif de plusieurs comités, il participe depuis de nombreuses années à la vie opérationnelle de l’association. Fort de cette double expertise technique au service de l’AFCAB depuis de nombreuses années, et financière à travers ses responsabilités à l’Université Gustave Eiffel, c’est avec toute la légitimité requise qu’il en devient aujourd’hui le Trésorier.

En parallèle, il préside la commission française de normalisation sur les aciers de précontrainte et contribue à des groupes de travail aux niveaux européen (CEN) et international (ISO), ce qui lui confère une vision étendue des enjeux normatifs du secteur.

Il est par ailleurs administrateur de l’ASQPE (ASsociation pour la Qualification de la Précontrainte et des Equipements) et responsable de la politique de certification de l’Université Gustave Eiffel, assurant notamment le maintien de sa notification comme organisme de certification accrédité.

Trente ans passés au cœur des mêmes problématiques, des mêmes acteurs, des mêmes textes affinés, discutés, réécrits, c’est cette continuité rare qui fait de Bertrand Philippot un témoin précieux et un interlocuteur de référence pour le secteur.

Focus nouveau certifié : Siderurgica Balboa S.A.

Siderurgica Balboa S.A. rejoint les entreprises certifiées par l’AFCAB. Producteur d’acier espagnol implanté à Jerez de los Caballeros (Estrémadure), elle a obtenu en mars 2026 la certification NF-AFCAB pour ses aciers ACEROS BALBOA, conformes à la norme NF A 35-080-1.

Filiale du groupe industriel espagnol CL Grupo Industrial, Siderurgica Balboa s’inscrit dans un ensemble structuré contribuant à la continuité des capacités industrielles à l’échelle européenne.

Cette certification vient renforcer la présence de l’AFCAB auprès des producteurs européens et participe à la consolidation d’une offre en aciers certifiés répondant aux exigences croissantes de qualité, de traçabilité et de durabilité des ouvrages.

Dotée d’une aciérie et de deux trains de laminage, l’entreprise dispose d’une capacité de production d’environ 1,3 million de tonnes par an et s’appuie sur un socle de certifications (ISO 9001, 14001, 50001), attestant de la maîtrise de ses procédés industriels et de sa performance environnementale. Siderurgica Balboa S.A. emploie près de 600 personnes.

Passeport numérique produit : quand la qualité passe par la donnée

Attendu à partir de 2027, le passeport numérique produit (DPP) s'impose comme un levier structurant du règlement Produits de construction. Les performances et caractéristiques environnementales seront désormais consignées dans des formats numériques standardisés, mobilisables tout au long du cycle de vie des ouvrages. Au-delà de l'outil, un déplacement du centre de gravité s'opère et la qualité ne se joue plus uniquement dans le produit lui-même, mais dans la capacité à produire, tracer et fiabiliser les données qui le décrivent. Pour les aciers pour béton armé, invisibles une fois mis en œuvre, cette évolution est déterminante. Dans ce contexte, la certification tierce partie s'affirme comme un maillon clé. Par ses contrôles exercés en conditions réelles de production, l'AFCAB contribue à attester que les données déclarées reflètent effectivement les caractéristiques des produits, apportant un point d'appui essentiel à la fiabilité du passeport numérique.

Révision du Fascicule 65 (Cahier des clauses techniques générales applicables aux marchés publics de travaux de génie civil - Exécution des ouvrages de génie civil en béton) — Point d'étape.

La dernière révision du fascicule 65 date techniquement de 2014. La révision de ce document de référence pour les marchés publics de travaux a été initiée à la demande du Ministère en charge de la Transition écologique et a permis de mettre en cohérence le fascicule avec les nombreuses révisions du référentiel normatif intervenues entre 2015 et 2025 mais également d'intégrer de nouvelles exigences en termes de durabilité, de performance et de qualité des produits de construction et de leur mise en œuvre.

Ce travail a été engagé en mobilisant les experts de l’université G. Eiffel et du Cerema mais également ceux de la profession à laquelle l'AFCAB a pris part.

La réunion de dépouillement des commentaires issus de l'enquête publique s'est tenue le 17 avril 2026. Le document est désormais prêt pour validation par les pouvoirs publics.

Deux évolutions impacteront directement les certifications AFCAB. D'une part, la pose des armatures devra être réalisée par une entreprise certifiée AFCAB Pose, que la pose soit effectuée en propre ou en sous-traitance. D'autre part, les aciers devront obligatoirement disposer de l'option résistance à la fatigue, pour laquelle l'AFCAB anticipe une hausse de la demande de la part des fabricants d'aciers pour béton armé.

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